Le cas Khodorkovski
En ce début de 2011, les politiciens du Kremlin n’ont pas chômé une seconde pour remettre au goût du jour les vieux dossiers. Effectivement, c’est le 27 décembre dernier que la justice russe se remit carrément en scène en reconnaissant « coupable » Mikhaïl Khodorkovski du « vol de plusieurs millions de tonnes de pétroles » et d’évasion fiscale lors d’une suite de procès pour le moins grotesque. Néanmoins, un peu naïvement, les médias occidentaux se sont empressés de condamner le verdict d’une peine de seulement 6 ans et de juger le cas Khodorkovski comme étant profondément injuste et antidémocratique. Étonnamment, de grands éditoriaux iront même à déclarer haut et fort Khodorkovski comme le « martyr du combat démocratique » et cela sans oublier les plus ahuris qui vont même en faire le défenseur de la jeunesse et des sans-abris. Pour remettre les pendules à la bonne heure, il serait très intéressant que nous apprenions à redécouvrir ce charmant personnage sous son vrai jour avant de juger par nous-mêmes de l’équité de son procès.
Ayant connu un destin semblable à ceux de ses confrères oligarques, l’épopée de Mikhaïl Khodorkovski débuta dans le chaos d’une URSS agonisante. C’est dans ce désordre économique et politique, que notre cher oligarque à découvert son flair pour les affaires en se lançant dans la contrebande de produits occidentaux et dans le trafic d’alcool et d’armes. Ayant amassé un énorme magot, comme plusieurs autres mafiosos russes, il rachète, dans son plus grand désir d’œuvrer dans le légal, le groupe pétrolier Ioukos en 1995 lors du programme de privatisation des entreprises russes. Un an plus tard, il était déjà devenu l’une des figures les plus riches et influentes du pays et il s’allia à d’autres oligarques tout aussi avides de richesse et de pouvoir pour former le groupe des sept banquiers (Semibankirchtchina en russe). En ayant financé la réélection de Boris Eltsine en 1996, ces sept acolytes se sont vu accorder, par l’ex-président, un contrôle immense dans la gestion des affaires de l’État. Pour garder cette liberté, ils iront même à continuer de jouer avec le processus démocratique pour élire en 1999 à la présidence un pantin sous le nom encore méconnu de Vladimir Poutine. En revanche, dans ses plans de reconstruire une Russie forte, le nouveau président ne tarda pas a montré son jeu caché et a écarté les oligarques et les autres profiteurs du pouvoir. Frustré de la tournure des évènements, Khodorkovski se lança, au début des années 2000, dans une croisade contre l’autoritarisme et la transparence despotique du Kremlin. Arborant le titre du parfait républicain tel Jean-Claude Duvalier, il défia le pouvoir autocratique de Moscou et s’engagea dans plusieurs œuvres de charité avant d’annoncer son désir de se présenter aux élections de la Douma de 2003. Par contre, il fut arrêté l’année des élections par les autorités russes sous le prétexte de crimes économiques. Néanmoins, en vérifiant les faits, son arrestation a surtout été provoquée par son ingérence indésirable dans le processus politique.
Voilà le Mikhaïl Khodorkovski tant défendu par une presse trop naïve. Avant de mal accuser un système judiciaire corrompu à l’os et d’acclamer les « pauvres » profiteurs, il serait préférable de toujours tenir compte de la réalité effective de la chose et non de l’imaginer.
Source: Le Monde