Sahara occidental: Une tempête toujours aussi menacente
C’est le 8 novembre dernier, que les hostilités ont repris dans le Sahara occidental, après que les autorités marocaines aient pris d’assaut le camp sahraoui d’Agdim Izik à douze kilomètres de la ville de Laâyoune, chef-lieu du Sahara occidental. Le 10 octobre, entre 8 000 et 15 000 Sahraouis s’étaient installé dans le camp d’Agdim Izik pour militer et protester contre le gouvernement marocain sur la « détérioration » de leurs conditions de vie et pour réclamer « des emplois et des logements ». Suite à l’évacuation et la destruction du camp par les policiers marocains, les affrontements entre les militants sahraouis et les forces de l’ordre marocaines ont éclatés partout dans Laâyoune. Le bilan de ces violences, selon les autorités marocaines, se résulte par les décès de 10 policiers tués à l’arme blanche et de 2 civiles. Du côté Sahraoui, le ministre des affaires étrangères sahraoui, Mohamed Salem Ould Salek, dont le gouvernement est en exil en Algérie, dénonce la mort de 10 civiles sahraouis, 169 disparus et de centaines de blessés. Ould Salek dénonce surtout les répressions gratuites et violentes des forces marocaines envers les civiles sahraouis et leur usage abusif de canons à eau, de gaz lacrymogène et de balles réelles dans les affrontements du 8 novembre dernier.
Le conflit sur le statut du Sahara occidental est l’un des conflits les plus négligés et anciens du monde. C’est suite aux accords de Madrid en 1975, sur le partage du territoire espagnol du Sahara occidental entre la Mauritanie et le Maroc, que les Sahraouis et l’Algérie n’ayant pas été consultés se sont joints dans une lutte armée contre le Maroc. Cette guerre dura jusqu’en 1991, avec l’acceptation d’un cessez-le-feu où le conflit se retrouve encore présentement dans une impasse. En effet, le maintien du statu quo est plus avantageux qu’un règlement qui pourrait bouleverser l’affaire et la reprise des affrontements. Maintenant sa légitimité historique sur le Sahara occidental, le Maroc se refuse à un règlement défavorable et à la perte d’un territoire qui lui est légitime. Cette perte pourrait entraîner des conséquences politiques énormes pour la monarchie marocaine qui a réussi à maintenir une stabilité politique et à faire de ce dossier un puissant ferment d’unité nationale. Pour l’Algérie, l’arrêt de la lutte signifierait la perte d’un levier important dans ses relations avec le Maroc et la défaite de principes défendus depuis plus de 30 ans.
Résultant d’une forte unité nationale, les Marocains appuient les actions du gouvernement et des autorités. Le porte-parole du gouvernement marocain, Khalid Naciri, affirme que les protestations du Parlement européen « n’engagent en rien le Maroc » et qu’il ignore les données confirmées par les ONG internationales des droits de l’Homme. En fait, Naciri accuse le Parti populaire espagnol d’influencer le Parlement européen et d’accuser sans fondement les agissements du gouvernement. Dans un élan un peu poussé, le gouvernement marocain accuse même l’Algérie d’utiliser les droits de l’Homme à des fins politiques comme instruments dans le cadre de sa stratégie pour prendre le contrôle du Sahara marocain. En d’autres mots, les autorités marocaines parlent de l’hégémonie algérienne qui menace de l’amputer de son Sahara. Aussi, cet évènement freine les plans marocains d’une zone euro-méditerranéenne de paix, de coopération et de stabilité qui l'aiderait grandement dans son projet de développement.
Source: Le Monde et Le Matin