La mémoire est une faculté qui oublie...
À l’instant où j’écris ces quelques lignes, la catastrophe qui a frappé le peuple haïtien est au cœur de tous les médias d’informations et de tous les discours gouvernementaux à travers le monde.
Mais, à l’instant où vous lisez ces quelques lignes, la catastrophe qui a frappé le peuple haïtien a probablement sombré dans l’oubli collectif, ou est sur le point d’être rayé de toute manchette d’actualité…
Lorsqu’un drame humanitaire survient, la population mondiale est sur le pied d’alerte et les gouvernements à travers le monde promettent des sommes exorbitantes d’argent et des quantités phénoménales de ressources matérielles et humaines. Qui plus est, lorsqu’un drame est médiatisé et que le simple fait de promettre des sommes d’argent face à une caméra peut vous attirer la sympathie des citoyens et ainsi, vous amener un électorat supplémentaire, il peut être facile pour certains dirigeants de se laisser emporter et faire plein de belles promesses par rapport à l’aide qui sera apportée.
Loin de moi l’idée d’avancer que toute aide gouvernementale est virtuelle et basée sur de mauvaises intentions, car certains gouvernements, et certains membres du gouvernement, déploient de réels efforts pour aider le peuple touché. De plus, loin de moi l’idée d’affirmer que l’aide immédiatement octroyée suite à un drame est inappropriée, car cette aide reste essentielle et primordiale.
Cependant, il faut que cette aide perdure à travers le temps; il faut que cette aide transcende la médiatisation et que l’aide au développement fasse partie des projets gouvernementaux même lorsque le peuple touché n’est plus «intéressant» aux yeux des médias.
Car, souvent, comme dans le cas d’Haïti, la catastrophe est l’expression d’un problème plus profond, un problème solidement enraciné. Les habitants d’Haïti, avant la catastrophe, devaient tout de même faire face à la pauvreté la plus totale, à la corruption au sein des divers paliers gouvernementaux, à des infrastructures inadéquates, au manque de ressources naturelles, à la déforestation, à la violence comme instinct de survie, etc. Ces problèmes sont loin d’être évidents à régler et ne peuvent être «compartimentalisés», car ils sont tous inter-reliés jusqu’à un certain point.
Donc, l’aide immédiate, bien qu’essentielle, n’est pas suffisante pour empêcher le peuple haïtien de retomber dans la misère. Tout un chacun doit faire entendre sa voix pour que l’aide perdure et ne soit pas le simple outil d’un soulagement de conscience collectif et c’est de cette façon que le peuple haïtien pourra se relever et entrevoir un avenir brillant.
Il faut apprendre, sans tomber dans l’ingérence, au peuple haïtien à pêcher et arrêter de leur envoyer des caisses et des caisses de poissons…
Kinbe rèd pa lage !
(Tenir bon, et ne pas lâcher !)