Un redoux printanier, ou le dégel des frais de scolarité?
Dans l’optique d’émettre des solutions face au problème actuel de déficit auquel doivent faire face les universités québécoises, 16 personnalités provenant de divers milieux se sont associées afin de faire voir le jour à un pacte. Les signataires de ce pacte proposent entre autres d’augmenter les «revenus» des universités par un dégel des frais de scolarité qui serait proportionnel au revenu postérieur aux études universitaires et au coût de la formation universitaire suivie.
D’une part, l’option de majorer les frais de scolarité en fonction du revenu ultérieur aux études universitaires me semble plutôt difficile à envisager dans une perspective équitable et juste. En effet, si, par exemple, dans le cas des étudiants en médecine le revenu ultérieur est connu et bien documenté et que le taux de placement est très près de 100 %, alors il semble possible d’envisager une prédiction qui se voudrait fiable et exacte quant à la proportion de laquelle il faudrait augmenter les frais de scolarité. Toutefois, dans le cas d’un programme dont le taux de placement est variable et n’est pas égal à 100 %, il semble plutôt hasardeux de déterminer avec certitude de quel montant d’argent il faudrait augmenter les frais de scolarité. C’est dans cette perspective que cette option me semble injuste pour de nombreux élèves dont la hausse serait hasardeuse et non basée sur des données fiables. Cela n’aurait pour résultat que d’augmenter leur dette et de réduire l’accessibilité aux études universitaires. De plus, au Québec, il y a déjà l’impôt progressif qui permet un pourcentage d’imposition qui augmente en fonction du salaire du citoyen.
D’autre part, l’option de majorer les frais de scolarité proportionnellement au coût de la formation me semble être un bon compromis dans notre tentative sociétale de combler ce déficit. Il est évident que la meilleure solution serait la gratuité scolaire à tous, mais dans un contexte de ressources limitées comme le nôtre et en considérant les limites avec lesquelles nous devons composer, une augmentation raisonnable des frais de scolarités serait envisageable. Toutefois, j’insiste sur le mot «raisonnable», car dans une société qui se veut vectrice de projets et de possibilités pour ses citoyens, l’éducation reste un pilier essentiel et l’accessibilité aux études universitaires ne doit pas être limitée par les moyens financiers d’un individu. De plus, sans vouloir généraliser, une hausse trop élevée pourrait entraîner l’exode de certains médecins dont la principale réserve était liée au coût des études, à l’extérieur du Québec où le salaire et les conditions de travail sont parfois plus alléchants.
Donc, une hausse raisonnable des frais de scolarité proportionnelle au coût de la formation suivie qui ne contrevient aux principes d’accessibilité à l’éducation pour tous semble être une mesure envisageable et appropriée. Toutefois, un système de prêts et bourses majoré du même coup et réellement adapté aux étudiants avec des besoins financiers est aussi nécessaire.